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Souvignyla vie et la mort de Raoul Brunon, fondateur de l'extraordinaire musée de l'Empéri que vous connaissez sans doute...
Tout est partit de la recherche que j'ai effectué sur une boîte de masque à gaz allemande rapportée du champs de bataille par un soldat du 170e RI probablement et qui nous conduit à la bataille de la Malmaison d'octobre 1917, une réussite tactique magistrale qui suit les échecs sanglants du général Nivelle...
Un membre du forum publie alors une patte d'épaule du 1er régiment des grenadiers de la garde qui a été prise sur un prisonnier fait à Pargny-Filain le 25 octobre 1917. En consultant le JMO divisionnaire, j'y apprends que c'est le 6e BCA qui s'empare du village.... et y fait près de 200 prisonniers de la 2e division de la Garde. Chouette trouvaille qui complète l'histoire de la boîte... C'est vrai que en général ce sont les soldats victorieux qui rapportent des souvenirs.
Quand un autre membre du forum évoque la mémoire de Raoul Brunon, sergent au 6e BCA, mort au combat lors de cette opération le 24 octobre 1917....
Il se trouve que cet été j'ai chiné un livre intitulé : "Des Hautes-Vosges au Chemin des Dames sur les pas de Raoul Brunon soldat de la Grande Guerre 1914-1917". Il semble que cet ouvrage n'est pas été commercialisé mais seulement offert par la famille Brunon à leurs amis ou connaissances.... Il s'agit d'un livre mémoire consacré à Raoul Brunon.
Qui est Raoul Brunon ?
Raoul et Jean Brunon sont deux petits garçons marseillais issu d'une riche famille et qui dès leur plus jeune âge collectionnaient les soldats de plomb et les panoplies de soldats. En 1908, un oncle leur donna une caisse contenant un fusil Chassepot, un shako de garde nationale, un bonnet de police 2e Empire et un casque bavarois de 1870. C'est le déclic.... les deux frères consacrèrent toutes leurs ressources à réunir des objets militaires qui a l'époque n'intéressaient guère... Quand en 1914, la guerre éclate, la collection compte déjà près de 200 objets, armes, casques, cuirasses, uniformes, cuivreries.. la collection à la fin (perpétuée par Jean qui survivra à la guerre) comptera près de 10.000 pièces de Louis XVI à 1918. Cette collection exceptionnelle était il y a peu encore visible au musée de l'Empéri à Salon-de-Provence. La collection a été donnée à l'Etat en 1967. Parmi ces milliers d'objets il y a une extraordinaire collection d'armes, d'uniformes et d'équipements ramassée sur les champs de bataille par les deux frères.... Jean Brunon retourna à Verdun et aux Chemin des Dames en 1919 et dans les années 60 où il collecta de nombreux vestiges....
Raoul Brunon
Engagé volontaire, il est affecté au 15e escadron du Train des équipages, section automobilistes. Il part pour le front le 13 septembre 1914 où il est désigné chauffeur du général de Pouydraguin qui vient d'être nommé commandant de la 15e DI. Chauffeur et agent de liaison du général, il le suit quand celui-ci est nommé à la 47e DI d'Alsace en mars 1915. Pendant l'année 1915, il assiste à ce poste aux combats sur le Linge... Entre-temps son frère Jean est mobilisé dans l'artillerie au 57e RA. En avril 1916, Raoul rejoint le 14e BCA et suit les cours de caporaux à Gérardmer. Le 17 mai 1916 il entre à Saint-Cyr. Mais suite à un désaccord avec le commandant, il ne sort que sergent et retourne au 14e BCA alors engagé dans la Somme comme unité de choc. Le bataillon est ensuite affecté au front des Vosges ou il reste jusqu'au printemps 1917. C'est ensuite le secteur du Chemin des Dames. Raoul participe à l'attaque qui reprend aux allemands la tranchée de la gargousse. Il est alors affecté au 6e BCA, 2e compagnie, et prend un petit poste devant la tranchée. Il subit alors plusieurs assauts de sturmtruppen allemands et le combat s'engage à la grenade et au fusil-mitrailleur. Il reçoit dans la tranchée même des mains du commandant Frère la croix de guerre avec étoile d'argent.
Raoul tout juste décoré, photo datée de septembre 1917.
Puis c'est l'affaire de la Malmaison.
Le 6e fait partie de la première vague d'assaut. Le 23 octobre 1917 à 2 heures du matin, les chasseurs sont dans la tranchée de départ. Raoul s'est porté volontaire pour une mission de nettoyeur d'avant-garde avec le groupe franc. Entre 2 et 3 heures, il pousse une reconnaissance jusqu'à la première ligne allemande. Il rentre et rend compte. A 5 heures les hommes du groupe franc sont en avant des tranchées de première ligne, dispersés dans des trous d'obus. A 5h15 les chasseurs sortent des tranchées et s'emparent de leur objectifs. Raoul rejoint la 2e compagnie dont la mission est d'occuper et de mettre en état de défense la grande tranchée du Fanion. C'est probablement vers 11 heures, alors, que debout, il rendait compte d'une mission à son lieutenant, que Raoul fut frappé par une balle qui lui traversa l'arrière de la tête. Il n'est pas tué sur le coup mais est gravement touché. En début d'après-midi il est évacué au poste de secours du 10e bataillon du 4e zouaves qui occupe le fort de la Malmaison ou il est pansé. La major qui le panse n'est pas optimiste sur ses chances de survie. Il est dirigé vers l'ambulance 12/20 du 11e Corps qui se trouve à Brenelle. Au début du trajet, il est blessé une deuxième fois pas éclats d'obus à la poitrine. Il n'y survit pas et meurt le lendemain 24 octobre à 18 heures.
Le sergent Raoul Brunon dans la tranchée de la Gargousse en août 1917.
Jean survivra à la guerre et perpétuera l'oeuvre commune en la dédiant à son frère. Il nommera son fils Raoul en souvenir.. Celui-ci sera le dernier des Brunon à conserver la collection à l'Empéri. Jean décède en 1982 à l'âge de 86 ans.... Avec lui c'est la fin d'une époque, celle des érudits de l'uniformologie qui fondèrent la Sabretache et perpétuèrent la connaissance de l'art militaire dans le grande tradition des peintres comme Meissonier, Detaille ou Alphonse de Neuville...
Voici la vareuse-dolman de Raoul, telle que l'on peut (encore pour le moment) la voir dans une vitrine du fabuleux musée de Salon...